Lorsqu’il y a de l’inconnu, il y a une certaine excitation. Si la première partie de mon voyage dans le Sahara marocain (je vous invite à lire l’article en cliquant sur le lien) était quelque chose de connu car déjà vécu, je ne sais à quoi m’attendre pour la suite.
Un peu de marche
Le programme consiste à partir, en compagnie de mon guide et ami Hssain, à la rencontre de familles nomades. La planification est quelque chose d’assez évolutif et aléatoire dans la culture musulmane. Allah gère une bonne partie des activités, on préfère se remettre à lui pour ce qui est de l’avenir. En tant qu’occidental, il faut mettre de côté ses repères sous peine d’être un peu stressé.
Nous allons marcher deux jours pour arriver à destination, un grand plateau où vivent quelques familles. Très peu de personnes vivent encore ainsi. Les générations plus âgées connaissent ce mode de vie mais les plus jeunes passent de plus en plus de temps dans les villes, un mode de vie entrain de disparaître. Les raisons sont multiples. Les commodités de la ville attire les jeunes générations et les caravanes sont remplacées par des véhicules motorisés, l’élevage des dromadaires n’a plus lieu d’être. Hssain est un compagnon idéal, il a toute la connaissance liée à la vie dans le désert. Il connaît tout. Malheureusement, la barrière de la langue ne m’a permis d’accéder qu’a une partie de ses connaissances. La prochaine fois, je reste plus longtemps pour mieux apprendre l’arabe !
Le 11 avril 2010, nous chargeons les deux dromadaires qui nous accompagnent et nous partons. Lors de la caravane réalisée la semaine d’avant, les paysages étaient très variés. Maintenant, nous marchons plus vers l’ouest sur un plateau rocailleux qui s’étend à perte de vue… Les belles dunes comme sur les cartes postales, c’est terminé.

Hssain donne le rythme. Nous marchons "d'horizon en horizon".
Pour la pause de midi, nous ne sommes pas dérangés…

Chez Ali
Quelques horizons plus loin, nous arrivons chez Ali. Premier contact avec les chèvres qui représentent la majorité des bêtes dans cette région. Je découvre également le « tiyouwit », boisson à base de lait chèvre. Le lait est versé dans une peau de bête puis secoué pendant bien longtemps afin de séparer le gras du petit lait. Nous buvons le petit lait avec quelques grumeaux, c’est assez bon à condition d’aimer le fort goût de chèvre…
Ali possède environ 40 chèvres et quelques moutons, un garçon et une fille habite avec lui pour l’aider dans les tâches quotidiennes. Pas de grande famille, il n’habite donc pas dans un huit pièces:

Autre constat: les femmes travaillent beaucoup, les hommes un peu moins… Elles cuisinent une grande partie de la journée, les plats étant extrêmement longs à préparer. Elles s’occupent également, tous les soirs, de la traite des chèvres.

Chez Ali, mais l’autre
Nous ne restons qu’une seule nuit chez Ali. Le matin, nous chargeons et partons chez… Ali. Oui, les prénoms ne sont pas toujours très variés. Ali habite avec sa femme, Zhara, des enfants et petits enfants, bref du monde. Du coup, le logement est plus important.

Les enfants se prêtent volontiers au jeu de la photo, au point qu’il devient parfois difficile de faire des images sans qu’ils courent pour se mettre devant l’objectif. Ici, Zhara à gauche et Hria à droite:

L’absence d’électricité fait que le mode de vie est très rudimentaire. On cuisine sur le feu, les tentes sont tressées avec les poils des chèvres, la lessive est faite au puit. Néanmoins, les nomades ont adopté la moto pour certains déplacements (j’apprendrai plus tard qu’elle sert également à chasser…) et, surtout, utilisent énormément le téléphone portable. A la base, celui-ci est très utile pour informer les autres nomades de l’emplacement de leur bêtes. Ces dernières sont marquées de telle sorte que lorsque vous croisez des dromadaires, vous savez à qui ils appartiennent. Mais à l’usage, les nomades passent beaucoup de temps au téléphone pour parler entre eux. Une bonne partie du budget part donc chez les opérateurs téléphoniques. L’opérateur marocain principal offre une bonne couverture mais coûte relativement cher. Un autre opérateur est meilleur marché mais sa couverture plus limitée dans ces régions. Chaque nomade n’a donc pas qu’un seul téléphone mais deux ! Pour ce qui est de la recharge, ils s’arrangent avec des panneaux solaires pour certains, les autres confient leurs batteries à ceux qui vont en ville.
Voir Ali être plus à l’aise avec son téléphone (alors qu’il ne sait pas lire) que ma grand-mère est plutôt dépaysant.

Tous les soirs, Ali sort ses jumelles et va observer où sont ses bêtes.

Parfois, sa femme, Zhara, s’occupe également de repérer les bêtes. Elle est ici avec Hssain.

Chez Abelatif
J’apprends également que le mois d’avril est la période consacrée à la tonte des bêtes. Hssain est donc toujours le bienvenu chez nos hôtes, il aide à la tâche. Je participe également mais ne suis pas très performant… Abelatif est jeune, environ 25 ans. Il habite avec sa magnifique femme Radija. Prendre les femmes en photo n’est malheureusement vraiment pas évident…
La tonte se fait au couteau. Abelatif à gauche et Hssain au travail.

L’avantage de vivre proche de la source de nourriture permet de souvent manger frais. Souvenez-vous, la moto sert également à chasser. J’apprends ça chez Abelatif: de nuit, le phare du deux-roues est utilisé pour attirer les bêtes. Il suffit ensuite de leur sauter dessus. Le soir, nous avons donc droit à du lapin.

Chez Hassou
Chez Hassou, c’est toujours un peu la fête, il y a beaucoup de monde. L’ordre n’est pas très respecté.

Je n’ai pas encore parlé du thé. Nous en buvons des quantités inimaginables. Le thé vert (de Chine) est cuit longtemps, il est servi dans des petits verres et est extrêmement sucré. Attention, les nomades ne mettent pas de menthe dans leur thé, contrairement au thé servi dans les villes marocaines. Certains jours, nous en buvons une vingtaine… Les jours sans donnent des maux de tête, signe du manque. Ci-dessous, une scène de vie des plus typiques: une femme cuisine tandis qu’une autre prépare le thé, téléphone portable en main. Les bêtes s’alimentent.

La tonte est également au programme chez Hassou, beaucoup de ses amis sont venus pour aider. L’opération se fait le matin, en commençant par les moutons. Une fois le travail terminé, une bête est sélectionnée puis égorgée. Nous allons manger comme des rois.


Tout voyage a une fin et nous devons quitter ces familles. Un des fils d’Hassou nous fait un cadeau: un iguane. Nous allons le ramener avec nous, comme un animal de compagnie.

Mais Hssain n’est pas très intéressé par le concept de l’animal de compagnie, nous finissons donc par le manger…

Je rentre ensuite à Marrakech d’où mon avion part. Hssain va me raccompagner jusque là-bas mais il n’est clairement plus dans son élément…

Pour terminer, je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont permis de réaliser ce voyage. Plus particulièrement Hssain, qui était avec moi pendant un mois et qui m’a appris beaucoup de chose malgré la barrière de la langue.
A bientôt !

Eh ben dis donc. Ca a l’air d’un chouette voyage. Je me réjouis de voir ce que tu nous réserve : )
Et tu nous montres quelques images de ton escapade vers l’est ? Avant que tu repartes pour l’Afrique.
Oui si je trouve le temps de les trier. J’ai plein de séries à balancer, mais trop de boulot pour m’en occuper ces jours ^^°.
Bon, c’est plutôt bon signe. Je vais alors être patient.
A+
Très belles images, véracité, dépaysement et chaleur humaine.
Merci de ce bout de voyage.
Mmmmh, mais il a vraiment l’air super bon cet iguane!
Mouais, j’ai pas précisé dans l’article que j’ai été malade toute la nuit suivante. Je le précise donc ici: attention aux iguanes.
joli füz…
Superbe comme toujours, quelque soit le sujet, tu fais ça tout comme un pro
c’est la super classe de te lire et de découvrir des images qu’on a pas déjà vu mille fois
A tout bientôt !
Merci collègue. Pour ma part, j’attends avec impatience tes photos du Sri Lanka sur le papier
Magnifique photos bravo… bon a savoir pour l’igane ah ah ah
Beau voyage ! J’adore les deux petites filles, l’iguane qui n’a pas l’air tres appetissant, et le contraste offert par les portables dans ce context plutot rustique !
Extraordinaire … merci pour le tuyau à propos de l’iguane
Oui, alors je m’inscris pour la chasse en moto! Incroyable ce métissage entre tradition et modernité. Et photos magnifiques. Big up for Nico!
Merci à tous pour vos messages. C’est encourageant.
Quelle belle série !
Faudra que tu repasses au PCL nous présenter ton voyage un de ces 4
@ +
Nico tes photos font toujours rêver. Génial
Très intéressant le récit et les photos!
putaing ça me rappelle l’Algérie mais en plus cool !!!!
Superbe reportage!
Le sourire de ces petites filles. Magnifique photo qui donne le sourire rien qu’en les regardant et le concept de l’animal de compagnie (vivant) qui fait aussi sourire malgré qu’il finisse dans votre ventre.
Très belles photos et couleurs.
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